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Dimanche 20 mai 7 20 /05 /Mai 19:01

On dit souvent du féminisme radical qu’il est essentialiste, parce qu’il privilégie les associations non-mixtes, entre autres. J’ai déjà parlé de ce sujet dans l’article « Avons-nous le temps d’attendre ? », mais je voulais ici vous proposer l’analyse développée dans le livre Radically Speaking, c’est un recueil de textes édités par Diane Bell et Renate Klein. Je l’ai traduit à partir de http://rancom.wordpress.com/2012/05/06/gender-matters/ .

 

 

        « La critique qu’on adresse souvent au féminisme radical consiste à dire qu’il suppose une division du monde entre femme et homme, ‘essentielle’, déterminée biologiquement. Cette accusation est tout particulièrement lancée aux féministes radicales travaillant sur les violences envers les femmes, car elles nomment les hommes en tant que groupe social, ainsi que les hommes individuellement lorsqu’il le faut, comme agents de l’oppression des femmes.

Les faits montrent que les hommes oppriment brutalement les femmes, comme l’ont attesté empiriquement les féministes radicales. Mais pourquoi les hommes font-ils cela ? Cela peut-il être changé ? Kathleen Berry  a traité ces problèmes dans son analyse concernant l’esclavage sexuel (…).Elle déclare que les hommes font cela aux femmes car ‘ il n’y a rien qui les arrête’. Son analyse des valeurs patriarcales  et ses théories tentant  d’expliquer les violences masculines sont trop denses pour être examinées ici. Ce sur quoi il est important d’insister est que le féminisme radical ne peut pas être réduit à une analyse simpliste reposant sur un déterminisme biologique (…).

 

          Christine Delphy  montre que le concept de genre- c’est-à-dire les positions respectives des femmes et des hommes dans la société- est une construction émanant de l’idéologie patriarcale et que « le sexe est devenu une donnée pertinente, une catégorie donc perceptible, à cause de l’existence du genre ». Par conséquent, affirme-t-elle, l’oppression crée le genre, et finalement, le genre définit le sexe anatomique , « …en un sens la division hiérarchique de l’humanité en deux, transforme  une différence anatomique (qui en elle-même est dépourvue d’implications sociales), en une distinction fondamentale pour les pratiques sociales. »

 

         Les féministes radicales sont bien conscientes des dangers qu’entraine une analyse fondée sur la biologie. Si on associe aux  hommes et aux femmes les caractères « agressif » ou « dévouée aux soins » à cause de leur biologie, la situation restera figée et les violences des hommes contre les femmes seront justifiées. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différences entre les sexes. C’est visiblement le cas. Toutefois, elles ne doivent pas être vues comme le résultat d’un déterminisme biologique. Comme les éditrices de Questions Féministes déclarent : « … nous reconnaissons des différences biologiques entre les hommes et les femmes, mais elles n’impliquent pas l’oppression d’un sexe par l’autre. La lutte des sexes n’est pas le résultat de la biologie. »

 

         Les hommes sont le groupe dominant. Mais les hommes ont besoin des femmes pour les corvées sexuelles et émotionnelles, pour le travail domestique, pour les admirer, pour les aimer, et pour justifier les inégalités existantes. Afin de maintenir leur position dominante et ne pas être consumés par leur dépendance aux femmes, les hommes comme groupe social dominant institutionnalisent leur position d’oppresseur. Cela implique la nécessité de structurer les institutions pour conserver ce pouvoir, le développement d’une idéologie pour le justifier, et l’usage de la force et de la violence pour l’imposer lorsque la résistance émerge.

 

Il est possible que les différences biologiques entre les femmes et les hommes interviennent, mais de manière différente que celle proposée par un déterminisme réducteur. Le fait que les femmes appartiennent à un groupe social capable de procréer et d’enfanter, et que les hommes appartiennent à un groupe social qui peut et, perpétue en effet, des actes de viols et de violences contre les femmes doit avoir un impact sur la conscience d’être une femme ou un homme.

 

Mais cette analyse autorise le changement dans le sens où les hommes pourraient changer cette conscience et donc leurs actions. De même, cela autorise les femmes à reconnaitre le fait que nous pouvons et devons développer nos propres théories et pratiques, lesquelles n’acceptent pas que la domination masculine soit immuable.

      Les différences observables entre les femmes et les hommes ont dues être entrainées par les mondes différents dans lesquels nous vivions en tant que groupes sociaux, à savoir notre expérience d’opprimées et d’oppresseurs. Encore une fois, cela ne veut pas dire que ces différences sont figées.    

L’histoire de la résistance des femmes est la preuve de leur résistance aux pensées déterministes, comme l’est celle de la trahison du système patriarcal par quelques hommes qui soutiennent le féminisme. "

 

Par beyourownwoman-feminism - Publié dans : féminisme,politique
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