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Vendredi 6 juillet 5 06 /07 /Juil 13:47

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@ bientôt pour de nouvelles aventures à la découverte d'un mondre féministe !

Par beyourownwoman-feminism
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Mardi 3 juillet 2 03 /07 /Juil 22:50
                                         Pour une théorie politique radicalement féministe.
    
 
       
   De manière générale, on définit la théorie comme un ensemble de propositions censées harmoniser, rendre intelligibles des concepts pour donner du sens à la réalité, dans le but de fournir un cadre de référence.
     
Des définitions parfois contradictoires sont attribuées à la théorie politique. Je vais donc ici vous énoncer une définition de la théorie politique féministe.
La théorie politique d’une part, analyse des phénomènes, une organisation sociale et politique. La théorie politique féministe a trois objectifs. Le premier consiste à expliquer les modes de penser patriarcaux, puis à les critiquer, on a alors une élaboration d’une perspective féministe, et enfin la mise en place d’un système de pensée proprement féministe (avec de nouveaux concepts donc). Ces deux derniers points montrent que la théorie politique féministe a une visée transformatrice, elle doit avoir un impact réel. C’est une théorie engagée dans le réel, révolutionnaire. Ceci est lié à son héritage matérialiste.
   
Pour la théorie politique féministe[1] on parle alors de « Total theory »[2] , autrement dit : on analyse les phénomènes de manière systémique, on met en perspective des mécanismes en y inscrivant une dimension sexuée, alors point d’appui de l’organisation hiérarchique de la société (contrairement au marxisme).
   
On pourrait détailler davantage évidemment, mais ce n’est pas l’objectif de cet article.
      
        
      Le reproche que l’on fait souvent à la théorie est d’être complètement déconnectée de la réalité.
   
Comme s’il y avait la théorie, puis la pratique. Or comme le suggère Catharine Mackinnon : « Pour les femmes dans le monde, la distance entre la théorie et la pratique, est en fait la distance entre la pratique et la théorie. Nous savons les choses qui se passent dans nos vies (…), ce qu’aucune théorie n’a jamais formalisé ».  La théorie politique féministe donne donc une grille de lecture anti-patriarcale, qui donne lieu à une résistance des opprimées, et à des possibilités de changement.
   
Nous pouvons ainsi nous poser la question : sur quel pied danser lorsqu’il existe des prétendues pensées féministes, élaborées en fonction de concepts patriarcaux ?
Si la théorie politique féministe a une visée transformatrice, pouvons-nous accepter que « les féminismes » universaliste, essentialiste, socialiste, postmoderniste, libérale etc, etc… définissent encore les termes du débat ? Ne sont-ce pas une accumulation de contradictions qui nous empêchent d’agir ? Au nom de quoi pouvons-nous agir aujourd’hui d’ailleurs, si nous soutenons que tous ces féminismes sont valables, même viables sans la moindre distinction ?
   
La question n’est pas de savoir qui est le plus féministe de ces féminismes, ce qui ne rime à rien, mais plutôt : quel est l’objet de notre contestation ? Que voulons-nous ?
Colette Guillaumin disait : «  penser ce qui n’a pas encore été pensé à propos de ce qui est considéré « connu » est l’objet d’une démarche théorique féministe ». Il doit donc y avoir une révolution totale et radicale dans la pensée, sans laquelle nous ne pouvons parler de théorie féministe ou même de politiques féministes à part entière, contre une organisation phallocrate.
        
        L’objectif de cet article sera de montrer que la multitude de féminismes qui existent, donne libre court à une individualisation de la pensée, la réduisant ainsi à une opinion. Ceci nous amènera à définir les caractéristiques du féminisme dit ‘radical’ qui ne peut pas être un féminisme parmi tant d’autres, mais se révélant être une théorie de l’action nécessaire pour des changements structurels.
 
            Annonçons d’emblée la couleur. Nous connaissons des millions de féminismes, seul le féminisme radical est inconnu au bataillon, surtout en France. Certainement le plus ridiculement caricaturé, peut-être est-ce trop difficile pour les intellectuel-l-es phallocrates de s’intéresser à une pensée s’intéressant aux femmes et à l’abolition du système patriarcal.
   
Ces divers courants de pensées « féministes » sont élaborés en fonction de concepts patriarcaux. Ceci est bien entendu lié à l’histoire du féminisme. Mais si cette réappropriation de concepts patriarcaux, comme s’il suffisait de les adapter aux femmes pour les changer, fut une étape nécessaire dans la construction d’une pensée féministe à part entière, elle doit cesser de définir le paysage politique féministe. En effet, comment se fait-il que défendre l’oppression puisse donner naissance à un manifeste : « Nous, féministes ! », comme si le féminisme avait pour devoir de justifier les positions antiféministes et phallocrates !
   
Comment lutter si nous refusons de déterminer ce qu’est le féminisme ?
   
Cette tolérance et ce refus de se détacher des concepts existants, qui ne tiennent absolument pas compte de l’oppression des femmes, nous plonge dans un immobilisme : dans la critique, dans la pensée et dans l’action. Par ailleurs, je l’ai expliqué dans l’article « Avons-nous le temps d’attendre ? », les divers courants féministes n’entrevoient, tous autant qu’ils sont, qu’une partie du problème. Le féminisme universaliste : le traitement différent des femmes par rapport aux hommes, le féminisme essentialiste : le virarcat, la domination du masculin sur le féminin, le féminisme socialiste : méfaits du système capitaliste appliqués aux femmes, et vous connaissez la suite. Pas un seul de ces féminismes n’établit des liens logiques entre tous ces éléments. On réfléchit dans les limites du patriarcat qui n’est absolument pas questionné. Il s’agit juste d’un système malade qui aurait oublié d’inclure les femmes dans son système.
   
On continue dans l’aberration : certaines féministes revendiquent « l’égalité dans la différence », on a ici une double ignominie : demander l’égalité dans un système qui fabrique la différence comme stratégie de domination. Ou encore dire que les femmes sont des hommes comme les autres, elles méritent alors l’égalité : si les femmes sont des hommes comme les autres, alors cela suppose d’une part que l’oppression vient des femmes. Or les hommes ont pour fonction sociale d’opprimer les femmes, d’autre part, réclamer l’égalité dans un système qui ne l’est pas. Les hommes n’ont pas des droits mais des privilèges.
   
Quoi qu’il en soit,  aucun de ces féminismes ne présentent d’alternatives véritables. Ou pire, comme le fait le postmodernisme, on vous suggère de « kiffer » votre oppression, il paraît que ça passe mieux quand on est positive.
   
Dans la bonté connue du féminisme, nous devons accueillir la bêtise les bras ouverts. Il est donc très mal vu de dire ce qui est ou n’est pas féministe.
   
Aussi, en tant que féministe radicale, je ne peux pas dire : « la prostitution est une institution patriarcale », puisque la féministe postmoderniste d’à côté va dire : «  non, ça s’appelle la liberté sexuelle ! ». Bizarrement, vous remarquerez que la seconde proposition sera plus entendue que la première.
   
Précisément, ce qui fonde une pensée féministe est sa lutte acharnée et son intolérance à la suprématie masculine. Je vous pose sérieusement la question : qu’est-ce qu’un féminisme qui n’a pas pour objectif la libération des femmes ? A quoi sert un féminisme nous disant que les femmes sommes libres, lorsqu’elles ne le sont pas ? Qui n’a aucune analyse anti-patriarcale ?  Qu’est-ce qu’un féminisme sans femmes ?
   
Ce que je dis ici, c’est que le féminisme a pour objectif de mettre fin à la domination masculine structurant toutes les sociétés. Voici son pont d’appui : «  C’est la domination masculine qui constitue le sujet du féminisme. C’est l’opposition à la domination masculine qui définit l’entreprise féministe et distingue le féminisme d’autres points de vue, et définit ainsi ses objectifs politiques » (Denise Thompson)[3]
   
Force est de constater que le féminisme est réduit à une opinion. Le féminisme n’a pas de bases précises, ni d’objectifs bien définis. Ces différents courants donnent toute la légitimité aux propositions anti-féministes, puisque le féminisme, « c’est ce qu’on veut ! ».
   
Nous, féministes radicales, qui critiquons l’oppression sommes alors accusées de dire aux autres femmes quoi penser. Bien sûr, il est plus commode d’ignorer comment le patriarcat dit aux femmes comment penser, comme si les structures mentales n’étaient pas déterminées par celui-ci, et de mettre la faute sur les féministes radicales.
        
     Cet argument consistant à dire que quoi que l’on fasse et que l’on dise est féministe conduit bien évidemment à une individualisation du féminisme. Comme le dit Denise Thompson, «  self-identification is not sufficient garantee of feminist theory or politics », aussi, le débat est clôt.
  
Puisque « je » fait autorité, que pouvons-nous dire sans que ce soit perçue comme une attaque personnelle ?
   
Il y a alors un rejet de la théorie féministe, qui ne sert à rien. Le féminisme est une mode, on fait un peu ce que l’on veut, le but est de se sentir bien. La théorie ce n’est que pour les intellectuelles, théoriciennes féministes, c’est incompréhensible. Or refuser la théorie féministe, c’est compromettre la libération des femmes. Un féminisme qui refuse d’offrir des alternatives aux femmes n’est pas du féminisme.
   
Il est donc indispensable de définir une théorie politique féministe qui nous permette d’agir contre l’oppression : «  Le féminisme a sa propre logique, son propre système de valeurs et pratiques. Lorsque des opinions contradictoires font apparition, elles doivent être débattues en se référant au féminisme lui-même, pas éludées par peur d’offenser ou par une perception erronée du droit de chacun-e à être entendu-es »[4]. (Denise Thompson)
 
Ainsi, le féminisme ne peut être une propriété privée : «  ce n’est pas simplement tout ce qui est dit, fait ou ressenti comme féministe qui est féministe » (Denise Thompson). Auquel cas nous sommes dans l’impasse théorique et pratique.
 
Et voilà où se trouve le véritable « totalitarisme » (j’utilise le mot qu’on emploie souvent contre le féminisme radical) : on ne pense qu’à sa poire, et on crie au scandale à la moindre critique.
               
         Je vais à cat égard, préciser les tenants et aboutissants de la théorie féministe radical, en identifiant quel en est l’intérêt.
       
       La théorie féministe permet de fournir une grille de lecture, cela donne du sens à la réalité. Cette idée peut être évidente, est absolument fondamentale. Un exemple : Eve Ensler a indiqué dans plusieures interviews que les femmes au Congo, victimes de viol, n’identifiaient pas cela comme un crime sexiste. Je fais exprès de prendre cet exemple. Car plutôt que de faire comme si tout se passait dans la tête de la victime, comme le font les féministes postmodernistes : « si je dis que je ne suis pas opprimée, je ne le suis pas » (or comme l’indique Denise Thompson : « l’oppression n’est absolument pas causée par le consentement de la subordonnée. Elle s’exerce que la dominée le veuille ou non »), on pourrait plutôt mettre en perspective le fait que la domination des hommes sur les femmes passe pour naturel. Les femmes souffrent, mais n’ont pas les mots pour exprimer leur révolte, elles n’ont aucun cadre qui rende légitime leur résistance. Ceci est lié au triomphe des valeurs, des normes, des institutions patriarcales.
   
Aussi, lorsque vous développez votre raisonnement contre le système prostitueur et qu’on vous rétorque : «  vous n’écoutez pas les prostituées », il faut bien comprendre que l’expérience ne définit pas la politique à adopter. Donner la primauté à l’expérience lorsqu’elle corrobore les pratiques phallocrates c’est assurer la suprématie et la pérennité du système d’oppression : «  Un tel attrait pour l’expérience ignore le fait que celle-ci s’est constituée à l’intérieur des significations et du système de valeur de l’ordre social dans lequel nous sommes nées » (Denise Thompson)[5].
 
Lorsque le féminisme radical parle de l’expérience des femmes comme moteur de la théorie et de l’action féministe, c’est la prise de conscience de l’existence d’un système phallocrate à combattre.
 
Eveiller les consciences pour justifier l’oppression, vous comprenez que ça ne sert à rien, cela veut dire que la pensée est toujours colonisée par les significations du système patriarcal.
   
De même, avancer qu’il existe des femmes qui n’ont pas envie d’être libérées n’est pas un argument délégitimant le féminisme. Le féminisme a pour objectif de combattre le système patriarcal parce que de fait, il opprime des femmes. Ce n’est pas une question « d’envie », mais de vie ou de mort. L’intérêt général des femmes prime.
   
Il ne suffit donc pas d’être une femme pour être féministe. Si nous naissions féministes parce que femmes, on aurait dit adieu au patriarcat depuis longtemps. La conscience de classe n’est pas immédiate. Il n’en demeure pas moins que les femmes sont un groupe social opprimé et qu’elles sont le moteur de leur propre libération : « la conscience des femmes concernant leur situation ne devient féministe que lorsqu’elles prennent conscience que le statut des femmes en société est structuré par la domination masculine » (Denise Thompson)[6]
   
Aussi, comme l’a indiqué Gail Dines dans son article « Having it all' looks very different for women stuck in low-paid jobs”[7] , les femmes au pouvoir sont une victoire partielle du féminisme, puisque l’objectif est de critiquer les fondements du pouvoir en adoptant des politiques féministes, pas en adhérants aux valeurs et pratiques du pouvoir qui nous opprime, puis divise les femmes.
   
La théorie féministe politique permet donc d’aller plus loin dans l’analyse, de ne pas se contenter de la réalité construite par le système dominant. Le féminisme radical est nécessaire contre la fatalité.
   
C’est pour cela qu’il faut impérativement démystifier la théorie politique féministe.
« Réservée à une élite » nous dit-on. Le savoir n’appartient pas à une élite mais à la classe dominante. Allons-nous leur laisser le plaisir de nous contrôler ? Comme le dit Denise Thompson : «  L’exigence de compréhension immédiate est fondé sur cette croyance que la théorie sert intrinsèquement à dominer (…). Mais ceci ne prend pas en compte la possibilité que ce qui est connu et facilement compréhensible peut être un outil de domination également. »[8] Il est aisé de ne pas se creuser la tête et de ne pas aller loin dans la complexité. Pourtant, il le faut. C’est la technique des dominants de priver les opprimé-e-s du savoir. La lutte pour l’éducation populaire est absolument nécessaire.
   
Je le rappelle, la théorie est alors vitale pour construire une pensée et des politiques féministes car elle fournit «  la signification morale et politique, le but et la valeur de l’expérience » (Denise Thompson).
   
Un autre intérêt fondamental du féminisme est le suivant : il s’oppose à toutes les formes de domination car : «  aucune forme de domination n’est convenablement analysée si on ne fait pas état des fondements patriarcaux de celle-ci ». Une fois de plus, il s’agit d’établir une vision globale de la société et d’identifier les mécanismes pour nous permettre d’agir. Rien n’est laissé au hasard.
 
        Finalement, il est temps d’arrêter de faire l’autruche et de dire clairement : il n’y a qu’un féminisme viable, et c’est le féminisme dit ‘radical’. Ce n’est pas un concours. Mais au bout d’un moment il faut bien identifier ce contre quoi nous luttons et pour quoi nous luttons. Car nous sommes forcées de constater que « les féminismes » ne nous aident pas, et nous empêchent même d’avancer.
   
Le seul féminisme qui analyse singulièrement l’oppression des femmes et en fait une vision globale de la société est le féminisme radical.
   
Ce n’est pas la diversité des féminismes qui fait la complexité du féminisme. Elle le rend confus : comment voulez-vous parler de l’oppression spécifique des femmes et vous prétendre universalistes ? Comment dénoncer les violences masculines sans préciser les agents de l’oppression, puisque « les femmes et les hommes intériorisent tous les deux les stéréotypes genrés » ? On ne peut pas réfléchir comme cela. On a un manque flagrant de clarté qui ne nous permet pas d’innover. En revanche, il est intéressant de connaître les fondements de ces courants, on comprendra ainsi la nécessité du féminisme radical, qui soit dit en passant, fait la synthèse de tous ces « féminismes » de manière cohérente (à l’exception du postmodernisme).
   
En élaborant les principes du féminisme, nous serons armées contre ces faux-féminismes ou faux-féministes, devrais-je dire. Défendre de près ou de loin la phallocratie n’est pas un brin féministe. Et c’est notre droit en tant que militantes, universitaires, écrivaines féministes de le dire, c’est même notre devoir. Car nous nous engageons pour la libération des femmes .Ne laissons pas ces usurpateurs et usurpatrices prendre le dessus.
 
Je voudrais que vous écoutiez cette chanson bouleversante que vous pouvez comprendre à travers un regard féministe. En espérant qu'elle vous motivera pour lutter contre le patriarcat !
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ee/Naistutkimuksen_kritiikki.gif
 
 

 
 
                                


[1] J’emploie féminisme pour féminisme radical
[3] “It is male domination which constitutes the subject matter of feminism. It is opposition to male domination which defines the feminist enterprise and marks it off from other standpoints, and hence supplies feminism with its political priorities”.
[4] « Feminism has its own logic, meaning and practice. Where opinions come into conflict they must be argued through with reference to feminism itself, not evaded through fear of offending or out of a misplaced sense of everyone’s right to be heard.”
[5] « Such appels to experience ignore the fact that it is already constituted within the meanings and values of the social order into which we are born » , in Radical Feminism Today , p 33
[6] « Women’s consciousness of their life situations does not become feminist until it develops into an awareness that women’s social positioning is structured by male domination (…) », Idem, p 18.
[7] http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/jun/25/having-it-all-women-anne-marie-slaughter
[8] «  Demands for instant comprehensibility rest on this belief that theory is inherently dominating (…) But they fail to take into account the possibility that what is well-known and easily understood may also be complicit with domination », idem , p 33
Par beyourownwoman-feminism - Publié dans : féminisme,politique
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Vendredi 29 juin 5 29 /06 /Juin 12:02
                                                                       
                                           “As a woman, I have no country.
                                               As a woman, I want no country.
                                    As a woman, the whole world is my country.”
                                                       –Virginia Woolf.
 
     Hier soir, je regardais le reportage d’Envoyé Spécial sur la situation des femmes en Egypte. Ce fut insoutenable, l’envie m’a pris de casser la télévision.
Bien sûr, dans ce reportage, nous avons pu nous rendre compte de l’oppression universelle des femmes. Alors, je dis STOP.
                         STOP à la culpabilisation des victimes de viols, de harcèlement sexuel, d’autres violences masculines !
                         STOP aux intégrismes religieux !
                         STOP aux religions !
                         STOP à la déculpabilisation des oppresseurs ! Je l’ai dit, nommer les agents est primordial, car vous savez ce que l’un des hommes interrogés a répondu à la journaliste ? «  Pourquoi vous ne me demandez pas comment est la vie d’un homme en Egypte ? », ceci fut les propos de l’époux d’une femme harcelée sexuellement.  Cela m’a rappelé ce que l’on rétorque aux féministes : « Et les hommes dans tout ça, eux aussi ont la vie dure et souffrent autant du sexisme que les femmes ! »          
                       STOP à l’impunité des agresseurs !
                       STOP à la phallocratie !
                       STOP au patriarcat !
                       STOP à la suprématie masculine !
                       STOP à la haine des hommes contre les femmes !
Là aussi, on trouve des excuses : « si les hommes agissent de la sorte, c’est à cause de la pauvreté ! »  Or, 70% des pauvres dans le monde sont des FEMMES ! S’amusent-elles à battre les hommes ? A les violer ? A les humilier ? NON ! Elles se taisent , elles subissent !
                       STOP au capitalisme (phallocrate dans sa structure même) !
                       STOP aux traditions patriarcales : chasteté, mariage (institution phallocrate  également) !
                      NON, nous, les femmes, ne sommes pas des « salopes », « des putes », des « filles de mauvaises vie ! »
                      NOUS avons le droit d’exister, c’est notre droit naturel !
                      NOUS ne sommes pas des objets de tentation, de contemplation, des esclaves, des sous fifres, des subalternes au service des hommes !
                      NOUS avons droit à notre dignité et notre liberté !
                      NOTRE corps n’appartient ni à Dieu, ni aux hommes !
                      NOUS ne sommes ni les propriétés privées des conservateurs, ni des propriétés publiques des libéraux !
Les femmes de tous les pays subissent les mêmes violences, les mêmes humiliations. Encore une fois, avons-nous le temps d’attendre ? Combien encore de femmes méprisées, tuées, violées, battues, humiliées ? Combien de prétendues Révolutions faisant prévaloir les intérêts des hommes sur ceux des femmes ? Le patriarcat structure toutes les sociétés : le politique, le social, l’économie, la culture ! Les femmes sont une force Révolutionnaire!
     
La classe des femmes, sans frontière, universelle, doit s’unir contre la Suprématie Masculine, sans frontière et universelle !
Les femmes subissent trop d’atrocités pour continuer à les ignorer. Ne cédons pas à ce discours culturaliste : « Vous, les Occidentaux, vous n’avez pas les mêmes valeurs que nous ! »
Malheureusement, les hommes ont les mêmes valeurs partout ! Ensemble, féministes d’ici et d’ailleurs devons être solidaires. La liberté des femmes doit être universelle. Nous devons la conquérir en mettant fin au patriarcat !
 
SOLIDARITE avec les sœurs Egyptiennes, Algériennes, Tunisiennes, de toute l’Afrique, du continent Américain, Asiatique !
SISTERHOOD IS POWERFUL, nous devons faire une Révolution féministe mondiale !
                
     A la fin du reportage, la jeune femme interrogée, se réclamant révolutionnaire, signalait que, même si elle luttait pour l’égalité femme-homme, elle restait une croyante, elle croyait donc au mariage, à la chasteté : « la dignité d’une femme se trouve dans sa culotte ! » (Isabelle Alonso).
Ceci n’est pas une spécificité culturelle, ceci n’est pas spécifique à l’Egypte. Elle est spécifique à la suprématie des hommes.
 
A croire que nous faisons toutes la même erreur : nous sous-estimons le patriarcat et pensons que c’est en titillant à peine le système que nous nous libèrerons de nos chaînes.
Il faut aller plus loin, beaucoup plus loin. L’histoire doit cesser de bégailler.
 
«  Les femmes ont réfléchit sur la manière dont elles pourraient élever leur statut et leur valeur aux yeux des hommes. Elles ont alors décidé que le meilleur moyen serait de participer avec les hommes aux affaires publiques. Lorsqu’elles ont compris que ce chemin leur était interdit, les femmes se soulevèrent pour leur libération, en réclamant leurs droits sociaux, économiques et politiques. Leur révolte fut ridiculisée et réprimée, mais cela n’affaiblit guère leur volonté. Leur détermination mena à une lutte qui aurait débouché à une guerre si les hommes n’avaient pas fini par reconnaître les droits des femmes ». –Huda Shaarawi , féministe égyptienne (1879-1947) 
 
http://blogs.longwood.edu/kalex/files/2011/10/Huda.jpg
 
Compris ? De gré ou de force, la Révolution féministe aura lieu.
 

 
 
 
 
 
 
Par beyourownwoman-feminism - Publié dans : féminisme,politique
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Mardi 26 juin 2 26 /06 /Juin 15:52
Je voulais vous donnez ici quelques compléments à l'article "Arrêtons de parler d'Utopie !" , ce sont des références utiles pour approfondire l'idée d'une société féministe. Ces documents reprennent ce que j'ai évoqué dans l'article , mais chaque point est étudié de manière spécifique donc c'est plus précis !!
 
 
Alicia Miyares parle ici du féminisme comme théorie politique , donc à vocation de transformation politique et sociale. Elle critique également l'individualisation du féminisme , que le prétendu "generational gap" semble rendre légitime.
 
 
http://users.spin.net.au/~deniset/brefpap/cfemindivid.pdf  Cet essai est intitulé "Feminism and the Problem of individualism" de Denise Thompson , très bien détaillé et expliqué . Comme Radical Feminism Today est très difficile à trouver , en voici un extrait.
 
http://users.spin.net.au/~deniset/brefpap/bfemmeaning.pdf Celui-ci s'appelle : " Feminism and the Struggle over meaning " de Denise Thompson . Ce texte est très riche , il montre comment l'approche différentialiste et universaliste oublie d'analyser la suprématie masculine comme système  d'oppression. D'autres thèmes sont abordés , n'oubliez pas de lire les notes , car elles apportent beaucoup de précisions ( la première note est intéressante). Est évoqué d'une autre manière l'individualisation du féminisme aussi . De plus , très intéressant dans la partie "In defence of radical feminism" , Denise Thompson répond à la critique souvent faite au féminisme radical , qui serait pure autoritarisme. Enfin , elle explique l'approche de Catharine Mackinnon qui, comme beacoup de féministes radicales , est mal citée , mal comprise. Un texte qui permet de bien comprendre le féminisme radical. Je vous recommande de le lire !!!!
 
"The problem is not particular categories of women, but social arrangements of
domination" - Denise Thompson
 
http://www.moca.org/wack/wp-content/uploads/2007/02/berwick1.jpg
 
 
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Par beyourownwoman-feminism - Publié dans : féminisme,politique
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Dimanche 24 juin 7 24 /06 /Juin 20:27

                                               Construire une société féministe.

 

L’Utopie est réservée à la littérature, et est donc de l’ordre de la fiction. Elle renvoie au non-lieu, au non-temps, c’est-à-dire qu’elle ne s’inscrit pas dans l’Histoire.

 

Par ailleurs, L’Utopie suppose la fin du politique. En effet, en Utopie, rien ne peut changer, un élément perturbateur est d’emblée éliminé. Il semble donc peut approprié d’associer l’Utopie au progrès, au contraire, elle suppose l’immobilisme afin d’assurer sa préservation.

 

Ainsi, si elle est souvent un outil de contestation, construire une société féministe ne doit pas être envisagé comme quelque chose d’Utopique. Car c’est d’une part, directement annoncer un manque de confiance en notre projet politique, alors assigné à une chimère. D’autre part, je reprendrai Emma Goldman, en disant qu’au lieu de s’intéresser à la finalité, nous devons nous inscrire dans un mouvement perpétuel, un processus qui lui nous permettra de construire une société féministe, affinée au fil de l’Histoire.

 

Attention, je ne suis pas en train de faire l’apologie d’un réformisme mou n’envisageant pas de véritables changements structurels. Ici, je stipule que parvenir à une société féministe est possible.

     

Cette société ne doit pas conduire à la fin du politique, si ce n’est à un refondement profond de la démocratie, et puisqu’on ne peut vraiment dissocier les deux, de l’économie également.

 

En conséquence, mettre au point un projet féministe (radical) faisant la synthèse des différentes approches, car nous savons qu’il s’agit d’une entreprise pluridisciplinaire, est absolument nécessaire.

 

De même, il est primordial de rester fidèle à la méthode féministe (radicale) : la réalité des femmes est notre point d’appui, nous ne devons pas faire dans l’abstraction.

 

     Le féminisme radical en tant que pensée politique doit être notre ligne directrice. Construire une société féministe suppose aller plus loin que la subversion et le recyclage des déchets patriarcaux. Il s’agit d’un projet de transformation radicale, par définition, donc révolutionnaire.

 

De fait, les autres sensibilités sont exclues. Les courants appliquant des concepts patriarcaux au féminisme ne peuvent conduire à une pensée féministe et un mode d’action nous permettant d’envisager un projet de société radicalement anti-patriarcale[1].

 

De plus, l’argument consistant à utiliser le prétexte des divers courants pour faire du féminisme une question individuelle doit être combattu. En effet, le féminisme n’est pas une question de sentiments : le problème n’est pas de savoir comment vous, vous vivez le féminisme, si ce n’est qu’il est indispensable de bâtir des modalités d’actions et de pensées permettant de remédier à la situation de subordonnées des femmes, formant alors une classe. Le collectif est primordial.

 

Tirer profit des institutions patriarcales alors que vous faites partie de la classe des femmes ne peut constituer une donnée essentielle à l’action et au projet féministe (radical). C’est ce que Ti-Grace Atkinson appelle des « classes par identification » au sein même de la classe des femmes : les femmes identifient leurs intérêts à ceux des hommes.

 

Ceci conduit au maintien du système patriarcal. Nous voulons l’abolir.

 

Car le féminisme n’est pas un jeu. Nous ne voulons pas jouer les rebelles, nous le sommes. Le patriarcat structure toutes les sociétés, tous les modèles de société et de hiérarchie. C’est ce que nous devons contester et détruire, il ne s’agit pas de prendre le contre pieds sans réfléchir. Autrement dit, faire des petites frayeurs à la droite parce que celle-ci est raciste et fustige les femmes prostituées ne doit pas faire du féminisme le grand défenseur de la prostitution, institution suprême du patriarcat, et du multiculturalisme. Le patriarcat prend diverses formes certes, mais la logique et l’objectif restent les mêmes : l’oppression des femmes. Comme le disait Sonia Johnson, « ce paradigme du pouvoir (…) que l’on appelle patriarcat, s’applique à tous les niveaux, c’est le model de toutes les institutions sociales, de toutes les structures économiques, des politiques internationales ».

 

En somme, le féminisme ce n’est pas ce qu’on veut. Lorsque l’on s’engage nous ne devons faire preuve d’une grande rigueur, voir un peu plus loin que sa poire. Si le féminisme prend en compte la réalité des femmes, il doit aboutir à une pensée contre le système, et non pas à sa légitimation. Comme l’a signalé Gail Dines, les dominants ont tout intérêts à réduire les femmes à une somme d’individues, lorsque ceux-ci agissent en toute solidarité les uns avec les autres pour maintenir leurs privilèges.

 

J’ajoute, si les hommes sont divisés par leur classe économique par exemple, il n’en demeure pas moins qu’ils ne sont pas opprimés en tant qu’hommes. Or si l’on ne remet pas la solidarité des hommes entre eux en cause, ce sont toutes les institutions patriarcales qui persistent : capitalisme, racisme, sexisme.

        

  Avoir un projet de société féministe suppose ainsi être précise dans l’analyse. Clairement, si l’on persiste à prétendre que l’oppression vient de nulle part, nous n’aboutirons à rien, si ce n’est à des excuses encore et toujours. Que voulez-vous construire si vous avez peur d’heurter les sentiments de l’oppresseur ?

 

En effet, des théoriciennes, des militantes et bien sûr des militants prétendument féministes, aiment à penser que le « patriarcat n’a pas de genre ». Vous me direz, c’est déjà bien d’avoir conscience qu’il y ait un patriarcat. Mais selon la manière dont on le définit, il ne veut rien dire. Dire qu’il y en a pas revient alors au même.

 

Pour avoir des conséquences matérielles un système d’oppression a besoin d’agents et d’institutions garantissant son effectivité. Aussi, que je sache, les femmes ne se violent pas toutes seules, elles ne se donnent pas non plus des coups seules de sorte qu’il y ait une femme qui meure tous les deux jours en France. La liste est encore longue.

 

Nommer les agents est absolument crucial si nous voulons avancer, car c’est comprendre et mettre en évidence les mécanismes de l’oppression.  

 

De plus, déclarer que les femmes et les hommes sont soumi-e-s aussi passivement l’un-e l’autre au patriarcat, ie qu’ils et elles assument des rôles qu’ils et elles n’ont pas choisi, montre que nous n’avons pas d’analyse matérialiste ou de classe, mais qu’au contraire nous considérons les catégories femmes et hommes comme biologiques, plutôt que politiques. Or le projet féministe a pour objectif premier de supprimer la classe des hommes. Les mal intentionné-e-s avides de la diabolisation du féminisme radical enlèveront le terme « classe » et comprendront : « supprimer les hommes ». Je l’ai déjà expliqué dans « De l’amour pour lutter ? », la classe des hommes est artificielle et le fruit du patriarcat, la suppression de la classe des hommes résultera de la démolition du système patriarcal.

 

Aussi, afin de construire une démocratie féministe, nous devons comprendre le rôle des femmes au sein de la démocratie patriarcale. Cet aspect et absolument important : «  les hommes ne peuvent voir leur droit patriarcal reconnu, que si l’assujettissement des femmes est garanti dans la société civile », affirme Carole Pateman dans Le Contrat Sexuel. Autrement dit les institutions telles que la famille, le mariage, tout ce que l’on appelle la sphère privée, si on la considère comme en rupture avec la société civile et donc la sphère publique, est justement le fondement de cette société civile. Aussi, la sphère privée « fait et ne fait pas partie de la société civile », tout comme les femmes.

 

En effet, les femmes sont inclues dans la société civile non pas en tant qu’individues, mais en tant que subordonnées. La subordination des femmes est le fondement du Contrat Social, indissociable du Contrat Sexuel. J’ajoute, le Contrat Social est encore plus solide qu’il repose sur les principes d’égalité et de liberté, ceci empêche le Contrat Sexuel d’être un « contrat d’esclavage explicite ».

 

Cette ambivalence concernant le rôle des femmes ouvre justement tous les champs des possibles en ce qui concerne la démocratie féministe. Virginia Woolf parle dans Trois Guinées de « Society of the Outsiders ». Les femmes n’ayant aucun privilège, tout au plus des compensations à leur subordination pour éviter la résistance, n’ont rien à perdre. « Privileges are chains » déclarait Sonie Johnson.

 

Néanmoins, force est de constater que les femmes n’ont point l’habitude de se battre pour elles-mêmes. D’une part car on leur fait croire qu’elles sont essentielles à la transcendance de l’oppresseur : il doit atteindre le summum de l’humanité grâce à la subordination des femmes (une des idées fondatrices du Contrat Sexuel) : «  [Les femmes] doivent permettre au maître de se surpasser. Sa fonction est d’assurer sa transcendance »[2] . Si vous préférez on pourrait le dire de la sorte : « derrière un grand homme se cache une grande femme », voilà sa récompense, elle vit à travers lui. En conséquence, il paraît assez difficile de bâtir des concepts émanant de l’expérience des femmes, qui apparaissent alors comme illégitimes puisqu’invalidés par les hommes.

      

    Le fait que les femmes et les féministes réfléchissent dans les limites établis par le patriarcat empêche l’imagination d’être un moteur politique. Car dans toute entreprise constructive il faut se projeter, imaginer des alternatives à concrétiser.

 

Nous sommes ici face à deux problèmes.

 

Le premier est que l’on ne peut ignorer le lavage de cerveau qu’on subit les femmes par le système patriarcal. La conséquence immédiate de ceci est la croyance à un sauveur : l’homme.

Combien de fois avons-nous entendu que le féminisme doit changer les hommes de sorte qu’ils changent le monde pour nous ? Les hommes ont le pouvoir, il faut le leur laisser et faire en sorte qu’ils prennent les bonnes décisions, n’est-ce pas ? «  Notre conditionnement nous enseigne n’importe quoi, à savoir que nous devons convaincre l’esclavagiste de libérer les esclaves. » (Sonia Johnson)

 

Les hommes doivent en effet changer, ceci sera la conséquence directe de l’action des femmes féministes. Mais nous ne devons pas compter sur leur bon vouloir ou la compassion. Ceci n’a jamais fonctionné, ce n’est pas faute d’avoir essayé.

 

Aussi, attendre des hommes qu’ils fassent des concessions ne nous amènera pas très loin. De plus, s’il est important qu’il y ait des changements positifs et nécessaires dans les lois, au sein d’un système patriarcal ne doit pas nous empêcher de lutter pour une société féministe. Car comme je l’ai signifié, les droits des femmes dans un système patriarcal seront sans arrêt remis en question puisque l’on ne s’en prend pas à la structure.

 

Les féministes doivent avoir de l’ambition pour les femmes, nous avons le devoir citoyen (au sens féministe du terme) de ne pas nous contenter des solutions sauve-qui-peut pour notre classe.

 

L’action féministe a pour objectif la libération des femmes. Ceci bouleversera radicalement l’ordre hiérarchique que nous connaissons aujourd’hui. Les femmes ou pour reprendre le terme de Mary Daly « wild women » [3] seront par extension les moteures de l’émancipation humaine.

 

Ceci n’arrivera pas si l’on persiste à se soucier de comment les hommes vont prendre notre argumentation et notre projet. C’est impressionnant que les oppresseurs soient constamment présents dans notre esprit. Sont-ce des gages de qualité et de légitimité ? Chaque jour ils montrent qu’il n’en est rien.

 

Ceci est sans parler des hommes se prenant pour les grandes exceptions et faisant preuve d’une grande arrogance envers les féministes : « je suis féministe et je pense que les femmes féministes devraient être plus agressives ». S’ils savaient ce que cela donne le féminisme « agressif » … 

 

Arrêtons de nous voiler la face. La réalité des femmes et des hommes sont complètement différentes à cause de l’organisation sociale (non biologique, je précise). Les groupes mixtes, rédempteurs pour les hommes : «  femmes, pardonnez-moi de tous mes péchés, et surtout laissez-moi influencer votre pensée », tendent à nous faire croire qu’un homme, dans la classe dominante, comprend aussi bien, voire plus la situation de subordonnée qu’une femme. Qu’il y ait une conscience politique qui s’éveille, et une volonté de changement de la part des hommes est très bien, mais le changement viendra des femmes. En effet, observez bien la situation, cherchez dans vos expériences : lorsque vous faîtes part de votre analyse de féministe radicale comme j’ai pu le faire moi –même au sein de l’organisation mixte dont je faisais partie, vous avez droit à ceci : «  je me vois pas comme un oppresseur, mais un être humain », ou «  tu es en train d’exclure les hommes ! » Vous savez pourquoi ? Parce que l’on ne refuse jamais rien aux hommes, les hommes ont le statut d’être humain, pas d’oppresseur. Ils se voient comme un absolu, un référent, que ce soit conscient ou pas.

 

Les femmes doivent ainsi être des reproductions des hommes, « la femme libre » est créée à l’image de l’homme : «  Lorsque le contrat d’individus domine entièrement sous la bannière de la liberté civile, les femmes n’ont plus d’autres choix que (tenter de) devenir des reproductions des hommes » (Carole Pateman), le système patriarcal continue donc de se perpétuer.

 

Si nous devions récapituler cette partie en quelques mots, je dirais que les femmes et les féministes ne doivent pas attendre des hommes : partis, députés, etc… qu’ils agissent pour elles, à leur place.

 

Nos idées doivent être concrétisées par nul autre que nous-mêmes. Le féminisme est une vision du monde à part entière, ni la gauche, ni la droite n’est féministe. Que des partis de gauche ont été un peu influencé par le féminisme grâce à des militantes est une bonne chose, mais leur analyse féministe (aux partis de gauche) reste épidermique tant elle est fondée sur leur propre engagement : socialiste, marxiste ou autre.

 

Les féministes doivent se prendre au sérieux et arrêter de fonder leurs espoirs sur les hommes. Notre projet est crédible, nouveau, il y aura de la résistance, mais inutile de s’engager si on en a peur.

 

La première des solutions pour élever le niveau du débat est d’arrêter de s’excuser constamment et d’affirmer avec force notre pensée.

 

Le XXIème doit être le siècle du renouveau en matière de féminisme. Dans une ère néolibérale, un ordre mondial phallocrato-capitaliste chaotique, le féminisme reste notre seul espoir.

     

    La stratégie pour empêcher les femmes de penser à des alternatives anti-patriarcales consiste à dire : « Et comment sera la société féministe ? », on s’intéresse au résultat plutôt qu’au processus. Le fait est que cette réflexion montre que nous n’envisageons pas de vivre dans un monde qui n’est pas modelé par le patriarcat : «  Si nous ne pouvons nous imaginer indépendantes, comme des êtres non arbitrées dans ce monde, alors nous ne pouvons envisager survivre à notre libération »[4] (Marilyn Frye). L’imagination des femmes est contrariée par ce spectre phallocrate qui joue la carte de la peur du futur.

 

De plus, comme je l’ai dit, construire une société féministe est un travail de longue haleine que nous devons entreprendre dès aujourd’hui, sans lâcher de lest ou nous contenter des miettes. Comme le disait Marilyn Frye «  Nous ne pouvons pas imaginer ce à quoi nous ne pouvons faire face, mais nous ne pouvons pas faire face à ce que nous ne pouvons imaginer ». Le projet féministe ne doit donc pas être une simple utopie, un rêve. Ce rêve doit nous pousser à l’action pour le concrétiser.

 

La réalité des femmes n’est pas fictive (par définition), la subordination des femmes n’est pas fictive, et leur libération serait «  Utopique », « irréaliste » ?

 

De même, nous ne devons pas succomber à cette rhétorique néolibérale anti-progrès : dès que vous avez un projet de société, de changement radical, vous devenez une Staline ou une Mao en puissance.

 

Précisément car les dominants pensent qu’ils avoir l’éternité devant eux. Ils ont plus de mal à voir la subordination structurelle des femmes puisque celle-ci assure leurs privilèges : « Absence of privilege is a presence of knowlege » disait Marilyn Frye, forcément car nous concevons les modalités de notre libération hors des normes patriarcales.

 

Je voudrais aborder brièvement la question du consensus. Certes, les féministes radicales n’ont pas toujours la même approche, ceci ne doit pas nous empêcher d’élaborer un projet commun.

 

Chacune doit apporter sa pierre à l’édifice, ses compétences, c’est comme cela que l’on construira un projet riche. Nous devons discuter, échanger et ainsi surmonter toutes les contradictions.

 

    Enfin, construire une société féministe est un projet ambitieux, et c’est ce dont nous avons besoin.

Ce n’est pas une Utopie, une société féministe peut exister et nous devons y croire, car ce ne sont pas les phallocrates qui y croiront à notre place. Tout est mis en œuvre pour nous résigner et nous contenter de peu. Or plus que jamais nous avons besoin d’une véritable démocratie, d’un mode de production anti-capitaliste, et d’exister en tant qu’être humain. Le féminisme permettra de construire tout cela, et nous donnera également des armes théoriques et politiques pour lutter contre les défenseurs de l’oppression et de la domination.



[1] Pour aller plus loin, lire La democracia feminista d’Alicia Miyares, Feminism Unmodified de Catharine Mackinnon , Radical feminism today de Denise Thompson.

[2] Marilyn Frye, in Politics of reality p 66

[3] « Wild women » selon Mary Daly sont les femmes qui œuvrent pour la libération des femmes et contre le système patriarcal.

[4] Marilyn Frye, in Politics of reality , p 80

Par beyourownwoman-feminism - Publié dans : féminisme,politique
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